La guerre : du déclenchement à la fin
Les sections suivantes donnent un aperçu historique de la guerre de 1812, de la fin de la guerre et de la signature du Traité de Gand.
Déclenchement de la guerre
Du 18 juin 1812 au 16 février 1815, les États-Unis et la Grande-Bretagne se livrent une guerre au Canada.
La guerre constitue un chapitre important dans l’histoire du Canada alors que les États-Unis viennent bien près d’annexer le Haut-Canada (l’Ontario) et tout le territoire situé à l’ouest de cette province.
En 1792, la Grande-Bretagne se lance dans une guerre contre la France révolutionnaire qui s'étendra sur une période de deux décennies entrecoupée de brèves périodes d'accalmie. La guerre devient mondiale lorsque Napoléon Bonaparte, empereur de France, menace d'annexer l'Europe, les Antilles et les Indes orientales à l'Empire français. En 1812, les guerres napoléoniennes épuisent une bonne partie des ressources britanniques.
Après la bataille de Trafalgar en 1805, la British Royal Navy (Marine royale britannique) contrôle les mers. Elle impose un blocus à l'Empire français pour empêcher l'ennemi d'acquérir du matériel militaire, des aliments et d'autres biens. Pour établir ce blocus, la Marine oblige les navires des pays neutres à entrer dans les ports appartenant aux Britanniques, où les navires qui se livrent à la contrebande sont saisis. Les marins britanniques arrêtent les navires marchands neutres en haute mer pour les fouiller.
En raison du manque de volontaires, la Grande-Bretagne est contrainte d'obliger des hommes à servir dans la Marine. Comme bien d'autres pays, les Britanniques ne reconnaissent pas la validité de la naturalisation et considèrent tous les hommes nés en Grande-Bretagne comme des sujets britanniques, même s'ils ont émigré et sont devenus des citoyens naturalisés d'un autre pays. Des marins nés en Grande-Bretagne naviguant à bord de navires de pays neutres sont enrôlés dans la Marine royale britannique même s'ils possèdent des documents prouvant leur citoyenneté américaine. Aux yeux de la nouvelle république des États-Unis, ces actions en haute mer et l'enrôlement obligatoire de citoyens américains violent manifestement la souveraineté américaine.
Depuis la fin de la révolution américaine, les États-Unis étendent leur territoire. Les colons continuent de migrer vers l'intérieur du continent; ils dépossèdent et délogent les Autochtones en établissant des colonies toujours plus à l'ouest. Les Premières Nations résistent, ce qui entraîne des raids isolés contre les colonies frontalières et une guerre entre l'Armée américaine et diverses nations autochtones.
Au cours de la dernière décennie du 18e siècle et de la première décennie du 19e, Tenskwatawa, un prophète Shawnee, et son frère Tecumseh, réunissent un certain nombre de nations autochtones au sein d’une confédération pour empêcher la progression des Américains vers l’ouest. En 1811, les Américains envoient une armée dans la vallée de l'Ohio pour écraser ce mouvement. Une grande bataille se déroule au quartier général de Tenkswatawa à Tippecanoe. Les États-Unis accusent la Grande-Bretagne de fournir de l’équipement aux Autochtones et d’encourager leurs dirigeants à repousser les Américains, entravant ainsi les plans du pays de s’étendre au nord-ouest. Encore une fois, les Américains considèrent que les Britanniques sapent manifestement leur souveraineté.
L'opinion selon laquelle les Britanniques ne reconnaissent pas les États-Unis comme un pays indépendant provoque des tensions qui atteindront un point culminant en 1812.
Le 18 juin 1812, les États-Unis déclarent la guerre à la Grande-Bretagne. L'Amérique du Nord britannique, surtout le Haut-Canada (l'Ontario) et le Bas-Canada (le Québec), sera le principal objectif des opérations militaires américaines.
Déroulement de la guerre
La première année de la guerre, la stratégie américaine consiste à attaquer le Canada central sur trois fronts : la frontière de la rivière Détroit, la péninsule de Niagara et Montréal. Toutes ces campagnes se soldent par un échec.
En 1813, la même stratégie est adoptée. Les Américains prennent possession de la frontière de Détroit et contrôlent temporairement la frontière à Niagara, mais leur plan d'attaque contre Montréal échoue.
Au cours de la dernière année de la guerre, ils envahissent de nouveau la frontière à Niagara, mais ils ne réalisent aucun progrès substantiel avant la fin de 1814.
Le Traité de Gand, qui est négocié le 24 décembre 1814 et ratifié le 16 février 1815, met enfin un terme à la guerre.
Très tôt, le Canada considère que les champs de bataille, les sites connexes et les héros de la guerre de 1812 ont une importance historique nationale.
La guerre navale

Image de la capture du navire
américain USS Chesapeake par le
navire britannique HMS Shannon
Pendant que les armées se battent sur la terre ferme et que les marines se disputent le contrôle des Grands Lacs, il se passe bien des choses en haute mer. Les escadrons de la Marine royale britannique basés à Halifax et aux Antilles établissent un blocus des ports américains. Les frégates américaines parviennent parfois à contourner le blocus et défont souvent les vaisseaux de la Marine royale britannique dans le cadre de combats navals. Le 1er juin 1813, les Britanniques célèbrent une de leurs rares victoires contre la Marine américaine lorsque le HMS Shannon capture le USS Chesapeake.
La guerre des corsaires est beaucoup plus intense. Aux États-Unis et au Canada dans ce que l’on appelle aujourd’hui le Canada atlantique, des marchands et des pêcheurs reçoivent des « lettres de marque » les autorisant à attaquer des navires marchands ennemis. Bon nombre de ces corsaires font fortune en capturant des navires ennemis, puis en vendant ceux-ci et leur cargaison pour empocher les profits. La guerre de course affecte davantage l’économie de chacun des adversaires que toutes les mesures prises par l’une ou l’autre des marines officielles. Liverpool (Nouvelle-Écosse) est reconnue comme une base pour les corsaires, mais ces vaisseaux, qu’ils soient de simples barques de pêche armées d’un petit canon et dirigées par un équipage déterminé ou des navires dont le nombre de canons et de matelots rivalise avec celui des vaisseaux de la Marine royale britannique, partent de tous les ports des provinces de l’Atlantique.
Sur les Grands Lacs, le lac Champlain et les grands fleuves, les vaisseaux de la marine provinciale défendent le Canada contre les attaques. Les membres de cette marine ont des origines différentes : on y trouve des Anglais, des Écossais, des Irlandais, des Canadiens français, etc. Les uniformes des officiers de la marine provinciale sur le lac Ontario sont « bleu et blanc avec de grands boutons jaunes portant l’image d’un castor, sur lesquels se trouve le mot “Canada” ». Bien qu’ils subissent une grave défaite à la bataille du lac Érié, en septembre 1813, les hommes de la marine provinciale jouent un rôle crucial permettant d’empêcher la conquête du Haut-Canada par les Américains.
Un quatrième aspect de la guerre navale durant le conflit de 1812 est l’utilisation de la flotte britannique basée à Halifax pour lancer des attaques contre les villes américaines sur le littoral est. À partir de 1813, la Marine royale attaque de nombreuses localités sur la côte de l’Atlantique. Les marins et les fusiliers débarquent pour envahir les villes, s’emparent des magasins, s’adonnent au pillage et détruisent les chantiers navals et les navires marchands. Ces attaques visent à répliquer aux soldats ennemis qui ont incendié Niagara et St. Davids, dans le Haut-Canada, et à terroriser les Américains afin qu’ils soient plus disposés à négocier pour mettre fin à la guerre.
En 1814, le vice-amiral britannique Sir Alexander Cochrane émet une proclamation offrant la liberté à tout esclave qui s’échapperait et rejoindrait les forces de débarquement de sa flotte pour s’engager dans le service britannique à titre de volontaire. Durant la guerre de 1812, pas moins de 3 600 personnes d’origine africaine s’évadent. Cochrane en recrute environ 300 pour le service militaire, surtout dans les Royal Colonial Marines, qui servent au sein de sa flotte. D’autres sont recrutés dans un des cinq bataillons des régiments antillais. Environ 1 000 des nombreux esclaves qui sont inaptes au service ou qui ne désirent pas s’enrôler retrouvent leur liberté et peuvent se rendre gratuitement à Halifax. D’autres sont envoyés au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse ou dans les Antilles britanniques. Les fugitifs sont si nombreux qu’il n’y a pas assez de place pour tous à bord des navires, si bien que bon nombre d’entre eux n’ont d’autre choix que de retourner à la vie d’esclave.
Après la défaite de Napoléon au printemps 1814, les Britanniques peuvent investir plus de ressources militaires et navales et préparent une série d’attaques dans les grandes villes américaines pour avoir plus de pouvoir à la table de négociation du traité de paix. Une campagne est lancée pour capturer la base américaine de Plattsburg dans l'État de New York en septembre 1814, mais l’armée britannique renonce à cette opération après la défaite de sa flottille lors de la bataille du lac Champlain. Une force britannique défait une armée américaine à Blandensburg et parvient à conquérir Washington. Des immeubles gouvernementaux sont incendiés, mais les Britanniques ne parviennent pas à prendre Baltimore le mois suivant. Un poète américain s’inspire de cet événement pour rédiger l’hymne national des États-Unis.
Enfin, la Royal Navy débarque des forces à la Nouvelle-Orléans. Cette grande armée est vaincue au cours de la bataille de janvier 1815, qui se déroule après la négociation du traité mettant fin à la guerre, mais avant sa ratification.
La paix
Une pièce honorant
le Traité de Gand, gravé
« Paix sur la terre de bonne
volonté pour les hommes »
Tout au long de la guerre de 1812, les Britanniques investissent une quantité considérable d’hommes et de matériel pour combattre la France et empêcher Napoléon de dominer l’Europe. Peu de ressources peuvent servir à repousser les attaques américaines en territoire britannique; le seul objectif militaire de la Grande-Bretagne est de convaincre les Américains de négocier la fin de la guerre. Après la victoire de la Grande-Bretagne contre la France au printemps 1814, les États-Unis souhaitent vivement amorcer des négociations de paix, sachant que les Britanniques pourraient déployer plus de soldats et de navires contre eux.
Quant aux États-Unis, au début de la guerre, ils espèrent prendre possession d’une grande partie de l’Amérique du Nord britannique grâce à leurs campagnes. Toutefois, en 1814, les Américains espèrent terminer la guerre honorablement et préserver leur souveraineté intacte.
Une pièce honorant le traité de Grand ; gravé: «Traité de paix et l'amitié entre la Grande-Bretagne et les États-Unis d'Amérique
signé à Gand, le 24 décembre 1814 »
Pendant que les Britanniques attaquent Washington (District de Columbia) à la fin de l’été, des délégués américains rencontrent leurs homologues britanniques à Gand (Belgique) dans le but de conclure un traité de paix. Ils parviennent enfin à un accord sur les modalités du traité le 24 décembre 1814. Le nouveau traité entrera en vigueur quand le Parlement britannique et le Congrès américain l’auront ratifié. Des exemplaires sont immédiatement envoyés aux deux pays, mais les communications ne sont pas rapides à cette époque. Au moment où le navire portant la dépêche commence son long trajet vers Washington pour obtenir la signature présidentielle, une autre grande armée britannique à bord des navires de la Marine royale britannique s’avance vers le port américain de la Nouvelle-Orléans. Cette opération vise à forcer les Américains à accepter les conditions d’un traité de paix.
Le traité de Gand a été négocié, mais il n’est pas encore ratifié le 8 janvier 1815. Ce jour-là, les Américains vainquent la grande armée britannique à la bataille de la Nouvelle-Orléans. Les rescapés de cette armée captureront le fort américain Bowyer à Mobile Bay le 12 février 1815. Quatre jours plus tard, le président ratifie le traité de Gand en y apposant sa signature. La guerre de 1812 est terminée et tous les territoires conquis sont libérés. Une commission d’abornement sera formée pour confirmer les frontières entre l’Amérique du Nord britannique et les États-Unis. Le traité de Gand ne fait nullement mention de l’enrôlement forcé de marins américains ou de l’interception de navires marchands en haute mer par les Britanniques.

Peinture des délégués américains
rencontrant leurs homologues
britanniques à Gand, en Belgique,
dans le but de conclure un accord
sur les modalités du traité,
le 24 décembre, 1814
Les droits des Autochtones qui étaient en vigueur en 1811 seront respectés, mais le rêve de nombreuses Premières nations, qui souhaitent obtenir un territoire au nord-ouest de l’Amérique du Nord qui ne serait plus empiété par les Américains, ne se concrétisera pas. Toutefois, en décidant de résister à l’invasion américaine et de se joindre à ce qui deviendra le Canada, les Premières nations contribuent à établir les fondements du Canada moderne, dont le respect des droits des Autochtones.
La guerre confirme la souveraineté des États-Unis et lui permet de prendre sa place parmi les pays souverains du monde. En outre, les événements préparent l’apparition du Canada indépendant. La guerre donne une expérience commune aux Canadiens et crée des relations entre eux, ce qui prépare l’avènement de la Confédération cinquante ans plus tard. La paix montre aux Nord-Américains que deux pays peuvent partager la plus grande frontière non défendue du monde et résoudre les conflits à la table de négociation plutôt que sur le champ de bataille. Le 17 février 2015 s’amorcera le troisième siècle de paix et d’amitié.
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